Monsieur le Maire
Mairie d'osani
20147 OSANI
Osani, le 15 octobre 1998
 
OBJET: RAPPORT 1998

 

Monsieur le maire, Mesdames et Messieurs les conseillers,

Cette année encore, conformément aux statuts de notre association, nous vous prions de trouver ci-dessous le rapport annuel sur l'état des fonds marins de notre golfe entre Capu Rossu et Punta Muchillina.

Ce rapport repose sur les constatations de 60 plongées, effectuées par les membres de notre association. (Plongée en juillet et août 98).

Toutes ces plongées ont été pratiquées en scaphandre autonome, à une profondeur de 50 mètres maximum, sur 12 sites des 17 répertoriés.

Du fait des conditions météo, nous avons effectué moins de plongées que l'an passé et nos visites en apnées sur les sites de mouillages habituels des bateaux de passage ont été limités.

J'ai également fait plus d'une centaine de photos sur ces sites. Comme l'an passé quelques une sont jointes au rapport.

 

En ce qui concerne les constatations des plongées en scaphandre autonome :

L'année des méduses n'a pas été une très bonne année pour la faune en général. Cette année à part quelques espèces bentiques rocheuses (Sars, girelles, serrants, rouget de roche etc...), les autres sont en régression (mustelle, dentis, corbes etc...). Même les mérous qui étaient en accroissement, stagnent; quant aux crustacés,en particulier les langoustes, même en début de saison ils n'étaient qu'isolés et peu nombreux.

La faune fixée se porte toujours bien sur la plupart des sites et est en abondance. Le corail rouge continu sa lente croissance sans prélèvement significatif, les nacres repérées sont toujours présentes mais bien cachées dans les herbiers de posidonie.

Les seules espèces qui semblent en progressions notables sont les murènes, et les échinodermes ( holoturies, étoile de mer et oursins).

En revanche, un fait notable sur deux sites en particulier est l'apparition d'algues brunes filamenteuses sur les gorgones (cf.photo), fait déjà bien connu à d'autres endroits comme dans la baie de Calvi, mais que je n'avais pas encore vu sur nos sites. Avis pris auprès de scientifiques indépendants et compétents, je pense, (Staresu), cette algue devrait disparaître l'hivers, laissant ainsi la gorgone se remettre en état (si elle est suffisamment résistante) du fait de sa filtration fortement diminuée pendant une longue période. Il existe probablement des spores qui pourront recréer sa formation si les conditions sont favorables. Les conditions de développement sont difficiles à identifier, les études faites par les scientifiques montrent que leur prolifération est plus importante près des zones polluées (station d'épuration), mais les courants et la température de l'eau ont certainement une influence non négligeable. Dans notre cas il n'y a pas de source de pollution à proximité, mais étant situé à quelques dizaines de mètre au large d'une pointe (Pta Scoppa) soumise à un fort courant, il faudrait une étude de courantologie pour examiner s'il ne s'agit pas du réceptacle d'un courant circulaire tournant principalement de cappu Rossu vers Scoppa via ....Bussaglia... Les initiés comprendront ...

D'autre part nous avons rencontré à plusieurs plongées dans le golfe de Porto des siphonophores coloniaux faisant penser aux Apolemiae uvariae qui se développent volontier dans les eaux polluées. Le prélèvement pour nous étant interdit l'identification ne peut être que visuelle ou photographique (cf.Photo). L'année prochaine nous ferons une étude plus approfondie du littoral pour contrôler la présence des Cystoseires (algues brunes sensibles à la pollution) dans les zones sensibles du golfe de Porto.

 

Les sites sous marins visités sont très propres, pas de poubelle sous marine découverte pendant nos plongées.

Toute fois, vers Vignola, il existe une pièce de filet entière entourée autour d'un rocher que nous n'avons pu enlever faute de bras et de condition météo. L'an prochain se sera notre priorité. Le matériel de sécurité nécessaire et une organisation faisant appel aux membres de notre association permettra de le faire dans les conditions optimales de réussite.

 

En ce qui concerne les visites en apnée des sites habituels de mouillages, y compris dans la réserve :

Cela faisait des années que je n'avais pas vu autant de plastiques flottants dans le golfe de Porto (Capu Rossu- Scopa) en début de saison.

Dans le golfe de Girolata et la réserve , l'eau était nettement plus propre.

 

Analyse :

Difficile d'attribuer ces détritus aux touristes marins de passage à cette époque de l'année. Il nous reste les mauvais courants sales (Cradus courantus, en latin ...bonus pretextus).

La zone de pollution de surface est très limitée et peut-être pourrait-on, une fois de plus, se poser des questions sur ce qui se passe sur terre, près des rivières .... Aucun moyen n'est donné à notre île pour se débarrasser des déchets et on peut dépenser des millions pour l'écologie mais pas pour la création des infrastructures nécessaires à l'élimination de ces déchets.

On veut protéger en interdisant des activités sans s'occuper d'une des causes principales de pollution qui est la pollution terrienne. Il suffit de voir nos villages, véritables casses ambulantes, voitures brûlées, bétonnières, engins de travaux publics, laissés sur la voie publique sans que cela fasse réagir les maires de nos communes.

Quand il s'agit de mettre des chaînes pour soi-disant protéger les trottoirs d'algues calcaires de Scandola et laisser au fond de la faille des centaines de plastiques flotter, on est en doit de se demander ce que l'on protège, le Lithophyllum Tortuosum, ou les plastiques ...!

Un espoir depuis cette année est né, et nous ne pouvons que nous en féliciter, notre maire, grâce aux " emplois jeunes " a pu embaucher 3 jeunes pour nettoyer les plages et les villages. Peut-être enfin l'incapacité du Parc Régional dans ce domaine sera remplacée par quelque chose de plus efficace. L'année prochaine nous pourrons en juger ...

 

                                                                                              Pour le bureau, P. FRANCHI

 

P.S. : Sur la soixantaine de plongées pratiquées, nous n'avons jamais été controlé par qui que ce soit !!!