Monsieur le Maire
Mairie d'Osani
20147 OSANI
Osani,le 7 octobre 1996
 
OBJET: RAPPORT 1996

 

Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers,

Conformément aux statuts de notre association, nous vous prions de trouver ci-dessous le rapport annuel sur l'état des fonds marins de notre golfe entre Capu Rossu et Punta Muchillina.

Ce rapport repose sur les constatations de 80 plongées, effectuées par des membres de l'association, ainsi qu'une vingtaine de plongées effectuées par 4 futurs membres, inscrits ce mois-ci, et qui nous ont livré leurs observations. (Plongées en Août 1995, Mai 1996, Août 1996).

Toutes ces plongées se sont faites en scaphandre autonome, à une profondeur de 50 mètres maximum, sur 14 sites répertoriés. Pour des raisons évidentes de sécurité, le détail des observations et des sites ne sera pas mentionné, mais reste consigné sur nos carnets personnels de plongées.

De plus, non comptabilisé, nous avons effectué des visites en apnée, sur les sites de mouillages fréquentés par les bateaux de passage, et ce aussi bien à l'intérieur de la réserve qu'en dehors.

 

En ce qui concerne les constatations des plongées en scaphandre autonome :

D'une manière générale, il est à remarquer une augmentation de la faune (Dentis, Chapons, Labres,Thons,Corbs, etc...), plus importante entre Muchillina et Cala Muretta, mais sensible partout ailleurs.

Les Mérous sont en augmentation mais en nombre excessivement restreint, et très souvent, de petite taille.

Cet animal a malheureusement besoin de vieillir pour changer de sexe, et donc pouvoir se reproduire, mais le bienfait de sa protection est très probablement contrecarré par le nombre des ces poissons pris dans les filets...

Les seules espèces moins nombreuses que l'an passé sont les Rougets et les Mustelles.

En ce qui concerne les crustacés, les Langoustes depuis 2 ans sont en forte expansion, par contre cette année, au mois de Mai, les Araignées ont été peu visibles, bien que l'époque soit favorable à leur observation.

Les Homards sont très rares et aucune Cigale n'a pu être observée.

Il reste quelques nacres sur les fonds de sable et dans les Posidonies, mais également en nombre très limité.

La faune fixée, quand à elle, se porte très bien ; Gorgones en prolifération, Corail mou, Spirographes, etc...

Enormément de petites branches de Corail rouge (6 à 10 cm), avec des nouvelles pousses, sur presque tous les sites à partir d'une certaine profondeur.

Les sites sous marins, sur les lieux de plongèe, sont très propres. Nous n'avons ramassé que quelques plastiques et une dérive de planche à voile probablement égarée par un bateau de passage.

Sur un des sites, nous avons également observé une destruction relativement importante de la flore, occasionnée par un filet, coincé et déchiré, resté en partie sur place, et ayant arraché Gorgones et petites branches de Corail...

 

Analyse :

L'observation de l'augmentation, sur les sites de plongée, de Langoustes et de certaines espèces n'est pas uniquement en rapport avec la diminution du prélèvement, sauf pour certains poissons particulièrement sensibles (Mérou).

Si les sites de plongée sous marine sont le reflet du monde marin, leur situation particulière (tombants, relief tourmenté, rochers accrochant les filets...) limite la pêche professionnelle, et leur profondeur limite la pêche sous marine. Il faut donc les considérer comme des zones relativement protégées.

Il ne faut pas oublier également qu'il existe des conditions qui favorisent le passage de certaines espèces (courants, température de l'eau, etc... ) qui peuvent amener des variations sensibles d'une année sur l'autre.

En revanche, en ce qui concerne les espèces fixées dont la croissance est notable, cela indique, je pense, la bonne qualité de l'eau (peu de pollution) mais aussi peut-être, l'évolution de la mentalité des plongeurs plus respectueux de la nature.

 

En ce qui concerne les visites en apnée des sites habituels de mouillage, y compris dans la réserve :

Les plaisanciers ont été en majorité plus propres dans les sites sauvages entre Elbo et Seninu; très peu de plastiques au fond et la flore ne semble pas souffrir des émanations de carburant.

En revanche un point noir subsiste : l'anse de Girolata (ainsi que celle de Tuara, de façon moins importante) où les fonds marins sont dans un état désastreux (plastiques, déchets, détritus en tous genres, hydrocarbures)

Dans l'anse de Girolata, disparition d'une grande partie de la faune et de la flore, même sur les deux bandes rocheuses à fleur d'eau. Les Posidonies "poumons de la mer", sont en diminution de plus en plus importante au fil des années (les amoncellements d'algues séchées en bout de plage qui prouvaient leur existence en quantité importante ont totalement disparus et ceci n'est pas dû au nettoyage...).

Je pense d'ailleurs, que si des analyses de l'eau de la baie étaient réalisées en été, par des scientifiques, elles corroboreraient totalement nos observations.

Du fait de sa position géographique (fond de golfe donc aucun nettoyage naturel, courants en provenance du large), Girolata a toujours été une zone sensible mais l'aggravation est notable depuis ces quinze dernières années. Il serait de mauvaise foi de ne pas reconnaître que l'affluence très importante des plaisanciers et des vedettes à passagers aggrave de façon très significative cette pollution (problèmes liés aux hydrocarbures en suspension, aux produits d'entretien, etc...). Il n'existe malheureusement aucun moyen de nettoyer cette eau.

Nous pensons, sur le plan purement écologique, qu'il serait utile de penser aux conséquences de la sur-fréquentation de l'anse de Girolata avant qu'elle ne soit définitivement sinistrée.

En effet, si les zones terrestres sont facilement nettoyables, il n'en est pas de même pour les fonds sous marins et il ne faut pas oublier que les espèces marines sont très sensibles aux variations de l'écosystème.

 

                                                                                        Pour le bureau Pascal FRANCHI

 

P.S. : sur la centaine de plongées pratiquées, nous n'avons rencontré qu'une seule fois la Douane et les Gardiens du Parc Régional, en limite de Réserve, et aucune fois la Gendarmerie !

Nous n'avons subit aucun contrôle.